Alé de Basseville

www.ale2b.com

Jeudi, avril 17, 2008

Grosse fatigue

Notre Alé a réussi à se battre comme un lion pour échapper aux travaux de peinture et a repris le chemin…des poubelles, son dernier travail au centre de Big Spring qui lui avait valu une lettre du sous-directeur, il y a quelques mois, pour le féliciter d’avoir proposé des poubelles spécifiques pour les piles. Et oui, les prisonniers utilisent beaucoup de piles pour écouter leurs petites radios, seul objet auquel ils ont droit, vendue sur place, et qui les rattache au monde extérieur avec la télévision.
Alé n’ayant accès ni à Internet, ni aux lecteurs MP3, il est tenu informé des nouvelles par ce petit objet qu’on a presque tous oublié et qui fonctionne à piles.

“je n’arrive pas à remonter, c’est comme si depuis mon dernier coma, toute la fatigue ressortait.”
“mais je t’entends avec une voix faussée? tu es enrhumé?”
“oui, mais je ne parviens pas à savoir si j’ai toujours de la fièvre ou pas, il n’y a rien pour la prendre”
“et pour le rhume?”
“ils ne soignent pas ce type de choses; il faut acheter des sirops soi-même…”
Un temps
“mais ne t’inquiète pas, je vais remonter, c’est juste cette fatigue”

une fatigue qui se sent dans la voix.
Le moral était bien meilleur quand je lui ai raconté les dernières nouvelles, mais sa voix reflétait sa fatigue car il était incapable de montrer cet enthousiasme si caractéristique d’Alé.

Il vous embrasse tous, heureux de recevoir tous ces messages que vous écrivez sur le blog et dont les photocopies lui parviennent par la poste!
Un message de sa part sera bientôt sur le blog
Il vous aime

posted by Béatrice d L at 8:26  

Samedi, avril 12, 2008

Tu sais, je ne pleure jamais…

Alé téléphone régulièrement pour avoir des nouvelles et nous rassurer sur sa santé.
Une fois de plus sa voix était apparemment tonique, il s’est montré joyeux des nouvelles que je lui donnais, devant les messages reçus. Je lui ai lu aussi tous ces mots qui sont arrivés par des chemins différents du blog et il m’ a dit “ça réchauffe”

Une hésitation, puis “il faut que je te dise quelque chose” d’une voix soudain fragile.

“J’ai 40 de fièvre, une migraine permanente tout le temps et ils disent que je suis au top côté médical, clean!
Ils m’imposent d’aller peindre des bâtiments sur des échafaudages. Mais je ne peux pas, j’ai ces vertiges, la fièvre…
Tu sais, je ne pleure jamais, mais là je n’en peux plus de me battre contre eux.
Chaque jour je dois revenir leur dire combien je suis mal, et chaque jour ils répondent : “non, non tu vas très bien”

Je l’ai senti découragé, peut-être pour la première fois devant cette mal traitance répétée jour après jour.

Pardonnez-moi de ne rien ajouter à ce message d’Alé.
Tout a déjà été dit.
Tout attend d’être fait.

posted by Béatrice d L at 0:37  

Mardi, avril 1, 2008

le courage face à la douleur: qui l’emportera?

Alé est sorti du coma et a été ramené dans sa cellule de Big Spring
J’ai eu le plaisir immense de l’entendre au téléphone : une voix qui se veut joyeuse et rassurante. Mais que contredit aussitôt le compte rendu du médecin, tel que me le rapporte Alé.
Le scanner réalisé à l’hôpital de Big Spring n’a pas permis de voir plus que des angiomes. Mais le médecin qui s’est occupé de lui, lui a confié que son état était grave, qu’il ne voyait pas quoi faire étant donné que l’hôpital de Big Spring n’était pas spécialisé dans ce type de maladie neurologique. Il lui a demandé si on lui avait parlé d’une 2ème opération possible.

Devant l’étonnement d’Alé, il a précisé que selon lui, Alé nécessitait des examens médicaux spécialisés et approfondis sur son état de santé actuel, et sans doute était à envisager une deuxième opération chirurgicale.
Non seulement l’hôpital de Big Spring n’est pas spécialisé pour ce type d’intervention, a-t-il poursuivi, mais il est fortement recommandé de se faire opérer par le même chirurgien que celui qui est intervenu la première fois. Car lui seul connaît les zones déjà opérées, et peut éviter les risques causés par ce type d’intervention.

Il lui a donc recommandé (comme dirait Alé : rires !!!) de rentrer au plus vite en France pour être opéré par ce chirurgien. Il est à noter que la nécessité d’être opéré par le même chirurgien est une information importante qu’Alé ignorait, n’ayant jamais évoqué la possibilité d’une autre trépanation.

A la question d’Alé sur la possibilité d’autres comas, le médecin lui a confirmé : « seule une opération peut vous aider, en attendant, un coma peut de nouveau se déclencher dans un jour, une semaine, un mois… »

Et à chaque fois, affaiblir son état général.
A ces mots je réagis : comment ça affaiblir ?
D’une voix tendre et douce, Alé me glisse : « tu sais ma Béa, j’ai vécu la même chose qu’il y a deux ans aux Pays Bas avant mon opération : se sentir glisser dans le vide, puis plus rien et quand on revient, la douleur, si intense dans la tête et tout le reste… »
Silence

Puis j’ose : « Alé que ressens-tu en plus cette fois ? »
« Les migraines, déjà continues, sont en plus suraigües, j’ai une pression énorme dans le thorax qui m’empêche de respirer normalement, une barre dans l’estomac, et une douleur musculaire dans la jambe gauche que j’avais avant dans la jambe droite comme si le nerf était à vif. »
En plus…en plus des vertiges, des nausées, de la difficulté à faire exécuter les ordres à sa main droite, de la vue qui baisse…

Et lorsqu’Alé d’une voix calme avoue ne rien avoir reçu de plus pour soulager la douleur, je ferme les yeux devant l’inconcevable. Non! Comment est-ce possible ?

Paradoxe de ce médecin qui l’a pourtant félicité pour son courage alors qu’il devine ce qu’il peut souffrir. Mais qui ne donne rien pour soulager. Les policiers de la prison qui l’accompagnaient ont été interpelés par cette réflexion du médecin et se sont mis à regarder Alé avec plus de respect. Mais cela ne diminue pas la douleur.

Où trouve-t-il la force ? Et pour combien de temps encore ?

“Tu vois, je préfère que tu me donnes des nouvelles de tous”
Toujours cette attention aux autres, ce désir d’aller vers la vie. Quelle force !
Alors je témoigne de tous ceux qui se sont manifestés dimanche, au travers du blog, de Facebook, du téléphone, des mails. Tous ceux qui ont allumés une bougie, tous ceux qui ont décidé de donner de leur temps pour remuer ciel et terre aux USA comme en France, tous ceux qui ont décidé d’ouvrir le porte monnaie afin qu’il obtienne enfin un avocat américain qui nous aide à le faire revenir.
Je lui raconte la nuit blanche d’Edith et de Val, la journée de dimanche si intense en manifestations de toutes sortes que je n’ai pas décollé de ma chaise entre midi et minuit, l’amour qui circule et l’enveloppe. Et il rit!
Et répète sous le coup de l’émotion immense : « c’est super,oh ! c’est énorme ! oh merci !!!!»

Puis je lui raconte aussi l’intervention du Vice-Consul de Houston qui n’a pas hésité à revenir à son bureau un dimanche et à se battre pour Alé. Il semble qu’il ait réalisé l’urgence de rapatrier Alé. Il a d’ailleurs joint Alé en direct pour l’assurer de son soutien pour tout mettre en œuvre. Nous attendons la suite bien sûr. Mais serait-ce le bout du tunnel? D’un mal sortirait-il un bien? En tous cas, cela redonne des forces à Alé qui m’affirme d’une voix forte: “bientôt, nous nous serrerons dans les bras, bientôt je vous reverrai tous, et on ira au bord de la mer, tu verras; embrasse-les pour moi, béa, embrasse-les tous”

Très chers amis, citer vos noms serait trop long, mais Alé vous remercie du fond du cœur de tout faire pour le ramener le plus vite possible. Car le temps est compté.

L’ETAT D’URGENCE EST DECLARE

posted by Béatrice d L at 21:23  

Propulsé par WordPress