Alé de Basseville

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Lundi, mai 19, 2008

poète, artiste, amoureux de la vie…à la liberté inconditionnelle

Imaginez un peu ! Un artiste, un poète, un amoureux de la vie se sont glissés dans les couloirs de Big Spring au Texas ! Tous bien vivants en un seul homme.
C’est le nouveau chapitre de ce merveilleux personnage de roman, qui a pour originalité d’exister vraiment…et qui n’a pas fini de nous laisser sans voix.

Imaginez d’abord le décor : des dortoirs à 130 détenus, des lits qui se succèdent juste séparés par des murs bas, pas de table, une violence à fleur de peau qui se respire malgré soi…les bruits permanents la nuit, les odeurs terribles du manque d’hygiène, l’impossible intimité, la laideur tapissant les murs…

Et sur le même étage, le même décor répété deux fois, et ainsi sur trois étages, soit environ 750 détenus dans ce bâtiment et autant dans celui d’en face…

Dans son dortoir, notre homme que nous chérissons sous le prénom d’Alé, découvre un codétenu sachant peindre. Cette découverte suffit à lui insuffler le désir de s’unir à ses amis parisiens! en effet ces derniers organisent une grande vente aux enchères pour lui venir en aide. Il décide de peindre son autoportrait, une manière d’être présent lors de l’évènement.

Mais comment faire quand il n’y a rien pour cela ? Qu’à cela ne tienne !
On revisite chaque objet qui nous entoure : la toile sera constituée de toile de jute empruntée aux matelas sur lesquels ils dorment, les pinceaux détournés de leur habituel usage pour les bâtiments, et les peintures ? Alé observe de tous côtés…et il fabrique des pigments à partir de la terre, de l’encre des stylos, de celle de feutres ; mais aussi à partir de cailloux, de poivre, de lessive en poudre… De tout ce qui passe dans ses mains.

Je l’écoute et la même question me bouscule alors que je le sais si malade : où trouve-t-il la force ? Alé semble avoir deviné mes pensées car il précise : « je suis habité d’une lumière intérieure, je me sens si bien, ça me donne des ailes ».

Et il enchaîne sur son travail de créateur : « comme le disait Breton, on vit dans une œuvre artistique et on ne s’en aperçoit même pas ! La terre, les cailloux, le poivre, tout, Béa, tout est vivant, tout est œuvre ; il faut apprendre à regarder autrement ; j’ai cette chance ! »

Sa voix est enthousiaste et il rit à gorge déployée au fur et à mesure qu’il me partage sa joie d’artiste: « j’ai plein d’idées d’œuvres potentielles ; c’est un atelier vivant, comme dans les années 70 lorsqu’on s’exprimait sur une toile en y jetant la peinture, mais je le transpose à aujourd’hui »

« Pour mon autoportrait, on a travaillé à même le sol dès qu’on avait un moment ; la toile fait environ 80cms par 1 mètre, j’ai travaillé les barreaux en couleurs façon Van Gogh, mais au contraire mon portrait est en couleur de terre, en traits qui peuvent paraître durs mais qui sont remplis d’humanité…»

« Et les réactions autour de toi ? »
« Tu as raison, c’était incroyable ! Les autres détenus passaient l’air de rien devant nous en train de peindre, au début aucune réaction puis plus les traits se dessinaient, plus ils s’exclamaient : « oui, c’est ça, oui, c’est trop fort, c’est vraiment ça ! c’est beau ! » ; ils y reconnaissaient leurs propres émotions dans leur vie ici. Les gardiens aussi s’y sont mis, c’était génial ! On a réussi à la rouler et à l’expédier en France pour la vente aux enchères ! »

« Si tu savais ce que je suis heureux ! et j’ai plein de projets dans la tête…mais je prends le temps. »
Sa voix si vibrante donnait l’impression qu’il était tout près, me partageant un moment qu’il venait de vivre en toute liberté ! Et s’il est loin de tout, « dans le trou du cul du monde » comme il dit, il était effectivement libre.

Vous souriez ? Vous sentez comme une immense envie de vivre ? Je connais, c’est « l‘effet Alé ». Il a la grâce de ceux qui savent mettre la vie là où tout incite à s’allonger sans plus bouger, il sait aimer et donner à aimer, il donne toujours et encore pour que nous ayons tous envie de vivre jusque-là.

Ramenons-le !
Béatrice

posted by Béatrice d L at 17:12  

Dimanche, mai 4, 2008

JAMAIS JE NE LACHERAI

Mes amis,

Soyez certains que je suis malade, mais selon les médecins d’ici « en pleine forme » ! (rires)
Ma tête me fait un mal de chien comme si on m’enfonçait des couteaux dans le cerveau ; ma vue baisse et je me sens fatigué, mais jamais je ne lâcherai, oui jamais. Comme je le disais à Béa, je préfère encore faire une grève de la faim que de me plier, même si jamais, je n’ai fait acte d’impolitesse, j’ai toujours dit bonjour et souri… Je ne juge en aucun cas, ceux qui travaillent ici et se meurent, non sûrement pas.
Bref, je ne désire pas m’arrêter à ça, mais juste dire que j’aimerais rentrer en France, et enfin sortir de cet enfer. Etre loin de chez soi, c’est vraiment le pire, ça rappelle la chanson.

C’est sans doute bizarre pour vous de me sentir zen, je suis peut-être dans un autre monde, peut-être pour me protéger ; bien sûr ; car il est évident qu’on ne peut regarder chaque jour sa souffrance.
J’ai bien compris, mais ils ne savent pas ces fonctionnaires qu’avant de les rejoindre ici, la souffrance, le désespoir, la prison qui étaient autour de moi, m’empêchaient de voir.
Comment pourraient-ils deviner qu’aujourd’hui je peux ce que je ne pouvais pas ? Tout ce que je ne voulais pas peut-être aussi.
Je sens l’odeur, je vois, je comprends, et même les anges me protègent.

Je devine parfois la colère de Dieu : qu’avons nous fait de notre belle terre ?
Aucun des mouvements verts actuels ne répond à ce que j’attends d’eux et de l’Homme face à Mère Nature.
Et puis j’ai envie de vivre et non de survivre, voilà ma tête, c’est le début d’une vie qui commence juste, et j’ai devant moi une véritable envie de partage.
Il fallait que je m’arrête, Dieu me l’a fait comprendre, il fallait que je voie, que je sache regarder. J’étais l’aveugle qui n’a plus foi en lui-même.
Il y a de l’autre côté du Jourdain le pays de l’homme et de l’avenir.

Je perds la mémoire ; je m’exerce à toutes sortes de langues, de philosophies, de recherches. Je ne peux m’imaginer en légume.
Ma vue baisse et cela me fait peur, oui la peur d’être aveugle, de cette inconnue.

Merci Francine pour ta lettre merveilleuse. Mais ce que j’ai fait pour toi, je l’ai fait aussi pour d’autres, c’était la joie des rencontres et de partager ces rencontres avec tous. Tant mieux si tu en as reçu du bonheur, de l’utile et de l’agréable.
Aujourd’hui famille et amis bossent sur mon retour, tant mieux, j’ai tant envie de m’asseoir et de parler avec l’un avec l’autre…de prendre le temps…et d’en finir avec cet endroit sordide où je ne peux plus regarder les gens tant ils me font horreur.

Mais bon, revenons au pain béni, et regardons par la fenêtre, le visage recouvert de pluie, le corps qui se réchauffe au soleil d’Ibiza.
Je comprends et je ne comprends pas. Je suis un enfant qui grandit au fur et à mesure qu’il s’approche plus de l’Amour de la vie.

Qu’est ce que je veux vous dire avant d’oublier ? Ah oui ! je vous aime vraiment du fond du cœur. J’ai compris « le petit prince» de St Exupéry. J’ai vu ce que je ne savais pas.

Quand j’ai besoin de me remonter je pense à la mode. Aujourd’hui je ne sais pas si je suis un grand séducteur (rires) mais je rêve de pouvoir m’habiller comme je veux. Je vais super styler quand je vais rentrer. La mode que c’est bon, que ça fait du bien !
Je rêve d’une manucure, d’une pédicure, faite par les petites mains asiatiques tellement fines qu’à peine on les sent, un endroit que Sylvain devrait avoir au « Crillon ». Et d’un massage, bref qu’on prenne soin de moi.
Voilà à quoi on pense quand on est privé de tout.

A très bientôt mes amis.
Merci pour ce que vous faites, merci Marion, Bruno, Jean-Charles, Pierre, pour cette grande vente aux enchères que vous organisez ! J’ai adoré ton logo Jean-Charles !
Merci à Edith et Béa, fidèles et toujours là, pour me soutenir.
Merci Hugo et Leslie
Je t’embrasse Madou, ma grand-mère tant aimée.
Je vous embrasse tous
Alé

posted by Béatrice d L at 20:20  

Dimanche, mai 4, 2008

MESSINA

Ce matin, je me réveillais, j’étais à Messina, ville de mes ancêtres, c’était le mois d’avril et la société des frères d’Asie se retrouvait en secret comme chaque année pour laisser la trace d’une société qui illuminait les Rose Croix de Russie, d’Amsterdam, de Londres ou de Paris, et réunissait en toute simplicité l’Ordre de Chevaliers Maçons Elus Cohens de l’Univers, fondé par Martines de Pasqually (18ème siècle) dans le digne rite écossais , jusqu’au jour où le grand “profess” prendrait la parole et dirait les mots qui réveillerait une terre pauvre perdue loin de nous.

Je suis là… j’étais aveugle et puis j’ai retrouvé la vue.
Je suis là, j’écoute et je cherche à comprendre.
Je vois le mélange de la lumière et des ombres, je vais vers celle ci avec vous.
J’aurais pu être acteur, chanteur, présentateur télé ou autre personnage d’une histoire brève mais Dieu m’a voulu pour autre chose.
Jeune je demeure, et je me sens plus d’énergie qu’avant, même si je suis fatigué dans mon corps; j’ai la pêche, oui, j’ai le moral car je sais qu’une force incroyable me guide, me donne, me fait voir l’invisible.

J’ai envie de parler avec vous de choses qui me touchent, de tous ces sujets pluriel au 21ème siècle
J’ai la chance de vous avoir mes amis, ma famille, car je suis en prison dans un pays qui ne respecte pas les droits humains mais on a tendance à fermer les yeux.
Comme c’est le cas avec la Chine qui ne respecte pas le Tibet, mais ça c’est pas nouveau et comme l’écrit le Dalaï Lama, conquérir le Vajrayāna via le Hīnayāna et Mahāyāna, n’est-ce pas arriver au sommet de l’éveil après la meditation après la découverte du corps donné … (Le Vajrayāna est le « bouddhisme tantrique », dont la compréhension nécessite la maîtrise du Mahāyāna et du Hīnayāna. Son nom sanskrit signifie “véhicule”, à la fois « diamant », indestructible et brillant comme l’ultime réalité, et « foudre », destructrice de l’ignorance, et voie d’une rapidité fulgurante ).

Maintenant que faut-il pour que les Médias nous entendent ?
Que je crie et que je dénonce les systèmes d’emprisonnement où “l’association de malfaiteurs en conspiration” est servi à toutes les sauces?

A tel point qu’on a l’impression d’être au procès de Louis XVI, lorsque l’archange de la Terreur St Just prend ses grands airs et sort ses belles formules: “vous, peuple opprimé, terrorisé et moi, chef de l’autorité, je suis là pour vous sauver, pour vous donner le bain de sang que vous désirez”; Bon j’exagère, mais après tout pas vraiment, n’est-il pas ?
Louis Antoine de Saint-Just lui-même a la surprise de découvrir que dans son innocence d’enfant, on le prend pour un criminel

Et je reprends quelques un des mots de St Just pour vous faire admirer le verbe : “quel peuple aura jamais fait de plus grands sacrifices à la liberté! …ce n’est point sans peine qu’on obtient la liberté. Mais dans la position où nous sommes, il ne s’agit pas de craindre, et nous saurons bien triompher!”
Mais ce n’est pas nouveau, relisez mes amis, les livres et les témoignages !
Je me souviens d’avoir entendu à la télé, petit, cette phrase de Ben Gourion qui m’avait frappé « never, never again »
Einstein n’a t-il pas donné le nucléaire aux américains pour le partager ?

Que faut-il pour qu’on parle de moi, que je sorte du placard ?
Condamné d’avoir eu des idées, de les avoir jetées à tout un chacun, mais d’avoir fait, plutôt comique ! il suffit que deux personnes disent que vous êtes coupable pour l’être. Comme je vois le mépris et la peur d’un pouvoir qui ne l’est plus.
Oui j’ai toujours été révolté pour le Tibet, ce n’est pas nouveau, comme je l’ai été pour de nombreux pays exploités, que ce soit en Afrique, en Amérique Latine ou ailleurs… je désire partager l’Amour et le respect d’autrui avec mes amis. Que m’importe ce que « machin » ou autre écrit de mal sur moi sur le net. La jalousie fait rage. On ne parle qu’en mal des gens me disait quelqu’un des relations publiques, car en bien il n’y a aucun intérêt, ils ont déjà la gloire, ils ne peuvent pas tout avoir !

Vous écrire est important. Vous dire ce qui me touche. Le fait de perdre la vie m’a fait peur car ce passage de l’autre côté, c’est vraiment une sensation bizarre ; il se fait à une vitesse… tellement vite, trop vite…
Encore tant de choses à vivre : aller en Normandie, sentir mes ancêtres, et retourner comme j’ai commencé sur les traces de Messina, faire de cette île la plus belle du monde

Je vous embrasse mes amis
Alé

posted by Béatrice d L at 19:20  

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